TIRANA, 16 octobre /ATA/ Le Médiateur de la République, Endri Shabani, a dénoncé vendredi des conditions de détention « inacceptables » dans les locaux de la police, ainsi que des allégations de violences policières à l’encontre de personnes interpellées lors des quatre derniers jours de manifestations.
Au cours des 72 dernières heures, les équipes du Mécanisme national de prévention de la torture (MNPT) ont pris contact avec 214 personnes privées de liberté et inspecté plusieurs commissariats à Tirana, ainsi que des locaux de police à Korçë, Vlorë et Shkodër, a indiqué M. Shabani lors de la présentation de conclusions préliminaires.
« Les conditions au Bloc de sécurité sont inacceptables », a-t-il déclaré, faisant état de surpopulation, d’un manque de lits, de couvertures, de chauffage et de produits d’hygiène, ainsi que de services médicaux insuffisants.
Selon lui, 26 personnes détenues dans ce centre ont fait état de violences ou présentaient des traces visibles de violences, consignées dans des procès-verbaux de constatation.
Le Médiateur a également fait part de préoccupations concernant le traitement des mineurs. Certains auraient été interrogés sans la présence de leurs parents ou de leur tuteur légal et d’un psychologue. Des témoignages relatifs à environ 12 mineurs qui auraient été maintenus à l’isolement dans les locaux d’un ministère font par ailleurs l’objet de vérifications, a-t-il précisé.
Les équipes de surveillance ont recueilli des plaintes portant notamment sur des violences lors des interpellations, l’absence de soins médicaux, le dépassement des délais légaux applicables aux mesures de sécurité et l’intervention des policiers en civil sans signes distinctifs permettant de les identifier. « Tout agent qui fait usage de la force doit être identifiable », a souligné M. Shabani, estimant que cette exigence protège à la fois les citoyens contre les abus et les policiers contre les accusations infondées.
Il a condamné les violences visant aussi bien les forces de l’ordre que les manifestants, ainsi que les dégradations de biens publics et privés. Il a rappelé que le recours à la force par la police devait rester nécessaire et proportionné.
Le Médiateur a appelé la Police d’État à garantir l’identification de ses agents lors des opérations et à séparer les mineurs des adultes. Il a également demandé au ministère de l’Intérieur d’améliorer sans délai les conditions de détention, en assurant notamment l’accès à l’eau, à la nourriture, à des lits, au chauffage, à des équipements d’hygiène et à des soins médicaux à toute heure.
M. Shabani a insisté sur le caractère préliminaire des conclusions, précisant que chaque situation faisait l’objet d’une vérification individuelle. Il a invité les citoyens, les manifestants, les propriétaires d’entreprises et les policiers ayant subi des violences ou des dommages à saisir le Médiateur.
De son côté, le commissaire Ahmet Premçi a annoncé que le Mécanisme national travaillait à l’élaboration d’un manuel et à la préparation de propositions de modifications législatives visant à encadrer les procédures d’interpellation et de maintien des personnes dans les locaux de police.
Les recommandations doivent notamment préciser les modalités et la durée des interpellations, les conditions de séjour et les garanties à assurer aux citoyens dès leur premier contact avec les forces de l’ordre.
Parmi les difficultés relevées figurent également la nécessité de déterminer clairement à quel titre une personne est interrogée et de garantir son droit à un avocat, a indiqué M. Premçi.
Il a rappelé que les policiers étaient tenus de respecter les droits de toute personne placée sous leur contrôle et que tout recours illégal à la violence était inacceptable.
Les policiers en civil doivent, eux aussi, pouvoir être identifiés sans ambiguïté dans l’exercice de leurs fonctions, en présentant leur identité et leur fonction aux citoyens, a-t-il ajouté.
Le Mécanisme national doit préciser prochainement ses recommandations et ses propositions législatives afin de renforcer les garanties entourant les interpellations et la détention dans les locaux de police.
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